Dans les coulisses d’une Fashion Week… pas comme les autres

Crédit : @polarizersami

Sur le podium, seize créateurs ont montré que tendance et mode responsable n’étaient pas incompatibles. Matériaux innovants, objets détournés et tissus réutilisés, ces défilés engagés ont prouvé que la mode est encore plus belle quand elle fait sens.

La dernière retouche vient d’être apportée. Une épingle par-ci, un ourlet par-là, les mannequins sont enfin prêts à monter sur le podium. Dans le quinzième arrondissement de Paris, le centre commercial Beaugrenelle a pris des airs de Grand Palais. Alors que certains finissent de déambuler devant les vitrines de leurs marques préférées, quelques notes de musique électro-pop retentissent. Tous les regards se tournent alors vers les escalators, le catwalk du futur. Sur ces marches argentées métallisées, des pièces stylées mais surtout avant-gardistes attirent tous les regards. Robe en tulle transparente ou en filet de pêche, jupe en vinyle ou en papier recyclé, la mode se travestit et casse les codes conventionnels de la Haute Couture.


Car même dans l’univers très prisé de la mode, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Pour sa deuxième édition, le défilé des créateurs met une nouvelle fois en avant cette maxime attribuée au chimiste et physicien Antoine de Lavoisier. Alors qu’aujourd’hui la grande mode est à la consommation, le défilé devient engagé et surtout éthique. Pour cet événement Fashion, seize créateurs ont partagé tout leur savoir-faire et leur inspiration à travers des pièces uniques. Détourner une matière, offrir une seconde vie à un vieux vêtement ou encore sublimer une bouteille en plastique, la tendance à adopter sur soi est définitivement éco-responsable !

Dans des créations signées Moïra Cristescu, les mannequins arborent des pièces uniques réalisées à partir de chutes de tissus. Un enjeu stylistique pour la créatrice mêlant tendance et éco-responsabilité. Crédit : @ polarizesami

Le sens de la mode


Avec Caroline Roux, artiste plasticienne depuis dix ans, le déchet devient une véritable poésie stylistique contemporaine. Anti-conformiste de la mode traditionnelle, elle a décidé de casser les codes en se tournant vers des matériaux récupérables et surtout recyclables. Bouchons en liège, rouleaux de papier toilette, bouteilles en plastique et touillettes de café sont alors transformés et sublimés en étonnantes robes de soirées. « Chaque robe a son histoire. C’est une rencontre avec un matériau inspirant que je pioche dans des collectes ou dans mon quotidien ou trouver par mes proches. » Robe blanche lumineuse en plastique et mini-robe en papier cadeaux défilent alors sous les yeux intrigués du public Beaugrenelle.


Et pendant le défilé, l’une des robes de cette créatrice a attiré l’attention du public. Au loin, l’un des mannequins semble porter une robe moulante et élégante en dentelle. Mais en y regardant de plus près, cette pièce a été confectionnée à partir de filets de pêche. « Alors qu’une de mes amies venait de récupérer l’entreprise de son père, elle ne savait pas quoi faire des huit sacs de chute de fabrication de filets de pêche qui été destinés à la poubelle. J’ai donc décidé de les récupérer et de les transformer en une robe de soirée. Sur son fourreau en tissus, je suis venue appliquer des morceaux de filets jusqu’à le recouvrir entièrement avec des morceaux plus longs pour la partie du bas. », raconte-elle. Un trompe l’œil qui a fait sensation lors de son passage.

Robe réalisée à partir de filets de pêche par l’artiste plasticienne Caroline Roux. Crédit : @ Solenne Rivet

Outre un côté raffiné et innovant, derrière chaque robe se cache une vraie signification qui va au-delà d’une simple prise de conscience environnementale. « Certes, il y a un message écologique dans chacune de mes robes, mais il y a surtout un message plus personnel, explique-t-elle. Le déchet, on ne le regarde pas, on ne le considère pas. Or, on peut très bien le transformer et le rendre beau. Mon travail est motivé par cette volonté d’apporter un regard neuf sur les choses et sur le monde. » Tout un travail qui prouve que le déchet peut réellement devenir esthétique.

Le dressing de de(ux)main(s)

Et si Caroline Roux s’est penchée un le recyclage des matériaux plastiques, Moïra Cristescu a opté pour l’upcycling. Cette nouvelle tendance, qui vise à donner une seconde vie à des vêtements ou des chutes de tissus, est la principale base de travail de cette créatrice parisienne. C’est en fouinant dans les montagnes de textiles de « La réserve des arts » que la jeune femme a récupéré d’anciens stocks de tissus provenant des grandes maisons de couture. « Il était important pour moi de me tourner vers l’upcycling, insiste-elle. Étant donné que la mode consomme beaucoup de matières polluantes, j’ai souhaité réutiliser les chutes, les zips et les boutons afin de limiter à tout prix le gâchis.» Sur le podium une collection onirique de sept pièces joue sur les contrastes entre fluidité, coupe rectiligne et transparence. Inspirée de la mythologie grecque, chaque tenue portée allie tissu sensuel comme le tulle et matière guerrière à l’image du vinyle. Des modèles faits pour des femmes fortes et sûres d’elles, telles de véritables amazones.

Depuis maintenant trois ans, celle qui a déjà travaillé pour Karl Lagerfeld, Kenzo ou encore Jean-Charles de Castelbajac, réalise chacune de ses pièces à partir d’un modèle déjà existant. Une ligne de couture éthique qui n’est pas sans contrainte. « Je dessine la plupart de mes modèles à partir d’un design pré-existant en m’adaptant aux fournitures et aux matières que j’ai pu récupérer, détaille Moïra. Par exemple, pour la robe rouge en tulle, le zip utilisé était trop grand. Or, raccourcir une fermeture éclaire est difficile. J’ai donc ajouter un col officier à ma tenue afin de pouvoir l’utiliser dans son intégralité. Dans la création, le défi est vraiment de s’adapter en limitant la perte. »

Transparence et fluidité sont les mots d’ordre pour Moïra Cristescu pour cette robe réalisée à partir de chutes de tulle rouge.
Crédit : @ Solenne Rivet

Cette prise de conscience responsable se fait chez les créateurs mais surtout chez les consommateurs. Un nouveau regard sur la mode qu’a remarqué Linda Hendricks, l’organisatrice de cet événement Fashion. « Aujourd’hui, les consommateurs veulent des vêtements qui ont un sens, ils veulent maîtriser ce qu’ils portent en connaissant la provenance des tissus et la méthode de confection. Ils peuvent enfin devenir acteurs de leur vestiaire. »

Lors de la dernière Fashion Week de prêt-à-porter automne-hiver 2019, des créateurs ont su se faire une place d’exception parmi les grands noms de la Haute Couture Française. Marine Serre, lauréate du prix LVMH 2017, a présenté une collection dans un univers apocalyptique où la mode passe par le recyclage. Dans cet même état d’esprit, Kevin Germanier s’est imposé comme l’emblème du glamour éco-responsable à travers des pièces uniques fabriquées en produisant zéro déchet et uniquement avec des matériaux récupérés. Comme quoi chic et mode durable ne sont pas incompatibles.

Et si ces créateurs « verts » étaient les précurseurs de la mode de demain ?

Crédit photos : @polarizersami / @ethiketmode

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