Quand la mode file un mauvais coton

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Utilisation de pesticides, pollution des sols, rejet de microfibres plastiques dans les océans et émission de gaz à effet de serre, l’industrie de la mode alimente nos envies de nouveautés mais au prix de lourdes conséquences environnementales.

Délicatement plié et rangé parmi une indénombrable collection de vêtements, votre nouveau tee-shirt a su trouver sa place. Il était impensable pour vous de vous passer de cette pièce repérée sur les blogueuses en vogue. Dès lors, toutes les occasions sont bonnes à prendre pour le porter. Avec votre jean fétiche ou bien une jupe midi, il s’accorde avec tout. Mais voilà, à force de lavages à la machine, son blanc n’est plus aussi éclatant. Et comme les nouveautés s’enchaînent plus vite que la musique, votre haut n’est plus dans les tendances du moment. Vous courrez donc chez Zara ou H&M pour trouver la nouvelle pièce qui saura le remplacer. Inconsciemment vous succombez aux charmes de la « fast-fashion », soit au renouvellement rapide des collections proposées plusieurs fois par mois. Avec le diktat de la mode, près de 4 millions de tonnes de textiles, neufs ou usagés, sont jetés en Europe chaque année

Chaque année, ce sont près de cent cinquante milliards de vêtements qui sont produits aux quatre coins du monde. Une production qui a tout simplement doublé entre 2000 et 2014. Et oui, car pour rester dans la tendance, les passionnés de mode ont la fâcheuse habitude de se lasser des habits présents dans leur dressing. Comme le disait si bien le créateur français Yves Saint Laurent : « La mode passe, le style reste ». Pour éviter tout fashion faux pas, chaque Français achète en moyenne 9,2 kilos de textiles et de chaussures par an. Quand la place se fait rare dans l’armoire, la solution est de jeter ce qui ne sera plus porté.

Ainsi, la fréquence des achats s’accélère et entraîne avec elle une intensification de la production. Avec le diktat de la mode, près de 4 millions de tonnes de textiles, neufs ou usagés, sont jetés en Europe chaque année. Une consommation qui n’est pas sans conséquence sur la planète. Le cycle de vie d’un vêtement est des plus polluant.

Une mode pas si stylée

Avant de vivre de folles aventures au sein de votre dressing, les vêtements ont déjà une vie bien remplie. Pour produire ce tee-shirt ultra-tendance, la « fast fashion » a soif ! Chaque année, l’industrie de la mode consomme 79 milliards de mètres cubes d’eau, soit presque 1% de la consommation mondiale. C’est qu’il en faut de l’eau pour nourrir la star des matières végétales. Le coton, principal composant des vêtements, est très demandeur comme le dépeint Julia Faure, co-fondatrice de la marque éco-responsable Loom. « Le coton est cultivé dans des régions arides et peu irriguées, comme l’Ouzbékistan ou la vallée de l’Indus. Dès lors cette production assèche des territoires entiers avec de graves conséquences environnementales comme la disparition de 90% de la mer d’Aral. Par exemple, pour un kilo de coton, 3.800 litres d’eau sont nécessaires soit l’équivalent d’une douche de six heures.» Dès lors avec sa marque locale, la jeune femme de 30 ans veille à créer des vêtements durables à partir de matières naturelles en réduisant l’impact environnemental et l’utilisation de produits toxiques.

« L’utilisation des produits phytosanitaires a une conséquence directe sur la pollution des sols avec un effet domino qui est la destruction de la biodiversité.

Julia Faure, fondatrice de la marque éco-responsable Loom

Le coton est la principale culture consommatrice de pesticides dans le monde. Et il faut dire que l’industrie du textile en est très gourmande. En Inde, où vit plus d’un tiers des cultivateurs de coton au monde, cette fibre végétale représente 54% des pesticides utilisés chaque année bien qu’il n’occupe que 5 % des surfaces cultivées. Ces produits à base d’azote et de phosphore s’écoulent ensuite dans les nappes phréatiques et cours d’eau entraînant une prolifération d’algues au détriment d’autres formes de vies aquatiques. « L’utilisation des produits phytosanitaires a une conséquence directe sur la pollution des sols avec un effet domino qui est la destruction de la biodiversité. Les pesticides détruisent une grande partie des maillons de la chaîne alimentaire, explique Julia.

Crédit : @Solenne Rivet

Culture du coton, production des fibres synthétiques, filature, et tissage, fabriquer un vêtement consomme de l’énergie. En particulier teindre un tissu. Cette étape, réalisée grâce à des bains chauffés à 100°C pompent énormément d’électricité. Or celle-ci est produite par la combustion de charbon ou de gaz naturel. Un processus qui rejette du CO2 (dioxyde de carbone) en grande quantité.

Et avant de se poser sur un cintre, le vêtement continue son périple à bord des avions, grands émetteurs de gaz à effet de serre. Pour les distributeurs et les marques, il devient moins cher de payer du carburant pour transporter les vêtements que de les faire fabriquer en Europe. Au total, en 2010, le transport représentait 14% des émissions de gaz à effet de serre. Tant de conséquences environnementales qui font de la « fast fashion » la quatrième industrie la plus émettrice de CO2 dans le monde.

Le plastique c’est pas chic

Après avoir craqué sur ce tee-shirt dans votre magasin préféré, vous souhaitez lui donner un petit coup de frais par un passage à la machine. Or, après le lavage, les vêtements ne sont pas si clean que cela. Selon la Banque Mondiale, l’industrie du textile serait responsable à elle seule d’environ 20% de la pollution de l’eau dans le monde. Récemment, un nouveau constat a été fait autour des microfibres de polyester. Ce tissu, découvert dans les années 1970-1980, est fabriqué à partir du pétrole. Un artificiel synthétique peu coûteux qui n’est pas sans conséquence pour la planète et en particulier pour les mers et océans. La « fast fashion » rejette près de 60% des microfibres de plastique dans la nature. « Nous avons constaté que ces microfibres, présentes sur la plupart de nos vêtements, ne sont pas filtrables par les stations d’épuration, souligne la co-fondatrice de Loom. Lorsqu’elles passent dans la machine à laver, ces particules toxiques sont directement rejetées dans les rivières, les mers et les océans. Dès lors, elles se retrouvent dans les organismes des poissons et par conséquence dans notre propre organisme. »

Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : 500.000 tonnes de microparticules sont ainsi relâchées dans les océans chaque année dans le monde, soit l’équivalent de plus de 50 milliards de bouteilles en plastiques. « L’utilisation des matières jetables est le mal de notre siècle, souligne Julia. Il faut savoir que la « fast fashion » est responsable qu’un quart du réchauffement climatique. »

Crédit : @Solenne Rivet

Vers une nouvelle mode (de production) ?

Depuis quelques années, certaines marques de vêtements, appartenant à la fast-fashion, ont éveillé une conscience écologique. En 2013, H&M a lancé sa collection « Conscious » à travers laquelle elle s’engage en faveur d’une mode éco-responsable. Le numéro deux mondial du prêt-à-porter propose ainsi une large gamme de tee-shirts, de robes ou encore de pulls confectionnée à partir de coton issu de l’agriculture biologique. Et la marque voit encore plus loin dans ses objectifs : utiliser 100% de coton bio d’ici 2020 et 100% de matériaux éco-responsables (dont des matériaux recyclés) en 2030 pour espérer arriver dans un futur à un système de mode totalement circulaire. Dès lors, le géant suédois s’inscrit parmi les meilleurs élèves. Néanmoins, Julia Faure souhaite y apporter une nuance. « Il y a une véritable volonté d’offrir des produits de qualité faits à partir de matières bio et avec le souci de diminuer la pollution des sols. C’est mieux que rien, mais le cœur du problème reste le même : la sur-production. Or la plupart des marques repose sur ce business dont l’objectif est de répondre à la surconsommation. L’idéal serait d’arrêter définitivement l’utilisation des pesticides et de ne plus polluer les mers et les océans. »

En plus d’une prise de conscience des marques de prêt-à-porter, les fashionistas ont également un rôle à jouer afin de limiter l’impact de la mode sur le réchauffement climatique. « De plus en plus de marques préconisent aux consommateurs d’acheter moins mais mieux, détaille Julia Faure. De nombreux labels comme l’écolabel européen ou le GOTS (Global Organic Textile Standard) ont été créés afin de garantir des procédés de fabrication plus respectueux de l’environnement mais également des normes de fabrication. Ces labels visent à réduire les impacts des textiles tout au long de leur cycle de vie en limitant l’utilisation des substances nocives. »

Et au lieu de jeter, la tendance n’est plus au nouveau mais bien au shopping seconde main dans des dépôts-ventes ou applications de troc. La mode éco-responsable n’attend plus que vous pour apporter votre pierre, ou plutôt votre vêtement, à l’édifice !

Crédit : @Solenne Rivet

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